IB-COM : l’épée virtuelle de trois mousquetaires jurassiens
Les PME jurassiennes n’ont pas à craindre les grands trusts aux reins financiers solides pour monter leurs réseaux informatiques. Conscients de ce principe, Jacques et Roberto Segalla, deux techniciens ES en informatique ainsi que Gérard Voisard, comptable breveté, ont décidé de secouer le cocotier de la nonchalance établie.«Les entreprises informatiques du coin ont certes du mérite jusqu’à un certain niveau pour proposer des services de base, par exemple installer un simple Windows Server, mais elles ont du mal du mal à se bouger pour faire de la recherche et développement de haut de gamme. C’est la grosse problématique du canton du Jura», constate Roberto Segalla, informaticien et enseignant de branches techniques. «Nous avons des écoles dans la région qui sont prêtes à payer une coquette somme annuelle pour des services informatiques pointus - notamment dans le domaine de l’Opensource et de Linux - et il n’y a personne qui peut leur offrir ces prestations. Ces institutions vont donc les chercher hors canton», déplore-t-il encore.
Travail de diplôme
Pour enrayer ce phénomène récurant, les deux audacieux informaticiens jurassiens ont prouvé qu’il était possible d’installer des serveurs virtuels compétitifs à la portée de toutes les bourses. «Nous n’avons pas voulu créer une société de services, mais plutôt donner envie aux techniciens spécialisés en informatique de se lancer dans le domaine des serveurs virtuels. Pour ce faire, la division technique du CEJEF (Centre jurassien d’enseignement et de formation) offrira aux intéressés la possibilité d’entreprendre un travail de diplôme à ce sujet», ajoute en outre Roberto Segalla, également expert en examens d’informaticien du canton du Jura.
«Ça devrait inciter les entreprises du coin à lorgner davantage autour du Jura pour engager du monde compétent, au lieu de se tourner vers l’extérieur», concède aussi Gérard Voisard. Ex-agriculteur et passionné d’informatique, ce comptable breveté au niveau fédéral n’a donc pas attendu que son serveur physique tombe en panne pour renouveler son parc informatique. Certes fiable, ce dernier a néanmoins été réutilisé aujourd’hui comme moyen de sauvegarde de données. Dédiant ses services comptables aux paysans du coin depuis une bonne quinzaine d’années, cet entrepreneur enthousiaste et passionné d’Afrique s’est réchauffé les méninges grâce aux conseils avisés de son vieux pote, Roberto Segalla. Ce dernier, avec son frère Jacques, technicien spécialisé chez EM Microelectronic à Marin, lui ont donc monté une station de travail basée sur un serveur DELL PowerEdge 2900, capable de supporter plusieurs «machines virtuelles». Sur une couche logicielle WMWare Server installée sous Linux Centos avec une interface graphique minimale et utilisant le moins de ressource possible, ce serveur peut aussi bien accueillir des systèmes d’exploitation Windows avec ses applications que des OS Linux ou MAC.
Migration simplifiée
«Bien entendu, une«machine virtuelle» ne sera jamais plus rapide qu’une solution multiplateforme à matériel identique. Mais notre solution, qui se base sur VMWare Server, donc gratuite, permet aussi de tirer parti au maximum de performances du système», argumente Jacques Segalla. Le grand avantage de la solution virtuelle jurassienne - outre la réduction des coûts - c’est également l’optimisation des ressources, la migration simplifiée des données et la possibilité de rendre les applications indépendantes des ressources physiques, reconnaissent les Jurassiens. «Chaque serveur virtuel économise en proportion autant de postes fixes. Mais pour moi, le gros avantage, c’est la possibilité de pouvoir réaliser du télétravail en toute simplicité et efficacité, car j’ai une personne qui travaille à Perrefite, dans le jura bernois», relève Gérard Voisard, qui gère aujourd’hui pas moins de 240 mandats de comptabilité et qui prévoit de s’agrandir prochainement.
Le patron de GFIDU à Vicques n’a donc pas eu besoin d’investir énormément, car l’accent à été mis sur des solutions Opensource et qui utilisent des standards ouverts.De plus au niveau du hardware, la solution jurassienne est à la portée de toutes les bourses avec l’acquisition d’un serveur Dell composé notamment d’un système sécurisé en Raid 5. Une quantité suffisante pour des solutions comptables. Avec un portefeuille de 80% d’agriculteurs, Gérard Voisard est donc devenu un comptable-informaticien avisé en terres jurassiennes. Solide utilisateur de logiciels agricoles AgroPlus, Isagri ou Agro Twin, il s’est donc doté dorénavant d’un serveur qui lui permet de jongler avec toutes sortes de systèmes d’exploitation et d’applications, y compris Windows 2000 ainsi que DOS pour les bons vieux logiciels comptables agricoles VDV.
Pour tous
«Par notre action, nous avons voulu démontrer qu’il était possible à toute petite entreprise de se lancer dans la virtualisation de serveurs, mais il est clair que nous n’avons pas d’emprise sur l’évolution de ce marché. Nous donnons les moyens aux jeunes de se lancer dans ces nouveaux défis, mais c’est aux sociétés de services informatiques du canton de jouer le jeu en les engageant», estime Roberto Segalla.
En démontrant la faisabilité des serveurs virtuels à tout à chacun, les trois Jurassiens sont donc en vogue par rapport à la tendance du marché qui se profile. Selon l’organisme de consultance et de recherche dans le domaine de la technologie Gartner Inc., l’année 2007 sera consacrée au vrai démarrage de la virtualisation. Cette technologie devrait ainsi abaisser les coûts de possession (TCO, Total Cost of Ownership), de moitié par rapport à l’utilisation de serveurs physiques classiques. Toujours selon Gartner, les logiciels Open Source devraient également devenir progressivement une norme - 50 % des entreprises européennes et américaines en sont déjà équipées - poussant les éditeurs de logiciels propriétaires à innover ou à changer de modèle économique. L’analyste américain rappelle que tous les grands éditeurs soutiennent aujourd'hui des projets Open Source: IBM avec Eclipse et BIRT, Sun avec Ruby on Rails, SAP avec MySQL, Novell avec SuSE et Ximian, Oracle avec PHP, etc.
© Top-News.ch le 29/03/2007 22:00:00